16/04/2016, Bertrand

16042016
Photo credit : Neil. Moralee via Visual Hunt / CC BY-NC-ND

Bertrand organise des sorties en mer en Baie de Somme. C’est un homme d’une quarantaine d’années, le visage gorgé de soleil du loup de mer solitaire, le regard bleu acier. Il nous accueille avec patience quand nous débarquons bruyamment pour enterrer une vie de garçon en mer. Dix-neuf personnes à répartir en kayaks bi-places et canoë.

Il est 16h15, la bière avalée en vitesse entre l’estrade des apprentis chanteurs et le stand des frites de la Fête de la Vapeur fait encore son effet. Nous partons à l’abordage des eaux, encore réchauffés par 10 degrés ambiants, l’enthousiasme conquérant. Bertrand a à peine réussi à nous refroidir en annonçant une balade de trois heures. Le retour ne pourra se faire qu’à la marée montante, quand l’eau rallie à grande vitesse cette partie à l’intérieur de la baie.

Certains tomberont dans l’eau glacée trente mètres après avoir quitté le port, mais ne déclareront pas forfait. C’est un temps fort de fraternité masculine, un déploiement de virilité précaire, un enterrement de vie de garçon. Le futur marié, lui, s’élancera dans les eaux dans un costume de circonstance. Pour la beauté du geste, l’élan du défi relevé, la caresse rare de ces moments qui ne se voient exister qu’une seule fois.

Au bout de la ligne d’horizon, quand l’eau douce rejoint l’eau salée de la Manche, se tient notre récompense. Des phoques pataugent, amènes, s’avançant avec curiosité puis s’échappant aussitôt d’une nage sous-marine pour réapparaitre à bonne distance. Le spectacle de cette nature libre a ce pouvoir mystérieux de ralliement et d’émerveillement. Il rassemble d’une traite une troupe disparate, fait naitre les sourires, les enthousiasmes lancés à chaque apparition des mammifères marins.

Bertrand reste à l’arrière du canoë, il suit notre petite entreprise d’un œil attentif – il conseille les kayakistes épuisés et refroidis pour qu’ils ne finissent pas à l’eau à l’approche des courants – il pagaye à rythme régulier quand, fatigués des excès de la veille, ses huit compagnons de bord jouent aux passagers clandestins.

Bertrand cultive l’impassibilité tranquille de celui qui vit en harmonie avec la nature, plus encore qu’avec ses bruyants passants.

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