09/03/2016, Marie

09032016 Boram Kim
Copyright Boram Kim

La pièce de cinquante centimes d’euros étincelle comme un joyau sur son morceau de jean clair posé là, sagement, devant Marie. Elle est assise par terre devant la façade d’un grand magasin parisien, son sac Décathlon à ses côtés, elle attend. Marie a l’air d’une jeune fille fraichement sortie du lycée, cheveux carrés sages coupés aux épaules et peau légèrement acnéique d’adolescente.

Je suis passée devant elle avec des collègues au moment d’aller chercher mon déjeuner, avec culpabilité, comme chaque fois que je passe devant quelqu’un qui fait la manche. J’ai repensé au billet de Charline Vanhoenacker le matin même sur France Inter, quand elle rappelle entre deux moqueries que 20 % des SDF ont moins de 30 ans. J’ai dit à mes collègues que je récupérais mon déjeuner vite fait et que j’allais voir si je pouvais l’aider.

Cinq minutes après en repassant, un homme accroupi qui aurait pu être son père lui parlait. J’ai passé mon chemin et j’ai repensé à ce que je venais de dire à mes collègues, qu’elle avait l’air d’une ado bien sage avec son sac flambant neuf et que je me demandais bien ce qu’elle pouvait faire ici. J’ai eu un peu honte de cette pensée, de la force de l’identification. Je n’étais pas la seule à avoir pensé ainsi puisque 5 minutes après mon passage, quelqu’un était déjà arrêté. Il avait sans doute parcouru inconsciemment le même cheminement intérieur, voyant en elle sa propre fille ou bien sa nièce; alors que vingt mètres plus loin il y avait un homme qui n’avait l’air ni propret, ni français, qui lui aussi faisait la manche mais devant lequel personne ne s’arrêtait.

Bien sûr, je ne m’arrête pas que devant les jeunes femmes dans son genre, du tout. Mais peut être bien que je m’y arrête plus facilement compte tenu du nombre de personnes qui sont à la rue, et du nombre d’entre elles qui répondent à cette typologie. Peut être que l’on aide plus facilement ceux qui nous ressemblent. Cela pose alors la question des critères selon lesquels on se définit. Comment définir la ressemblance? Et la dissemblance? Peut-être aussi que la glace semble plus facile à briser avec quelqu’un auquel on croit pouvoir s’identifier, en fonction de quelques traits instantanément perçus? Peut-être aussi qu’avec Marie le fossé semblait moins vertigineux, que je me sentais moins démunie pour l’aider?

C’est contradictoire et en même temps tristement d’actualité au regard des tragédies qui prennent placent sous nos yeux distants, atroces aux dires de tous, mais l’ampleur de la tâche semble telle que l’on fait peu ou rien. Et puis, c’est loin.

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