22/01/2016, Anna

22012016

Anna est juriste. Ecole du barreau dans le nord de la France puis stage de fin d’études dans le bassin parisien. Elle est engagée, fine d’analyse et cultivée.

Elle évoque les trop nombreux cas sur lesquels elle a bossé en stage de pénal, des affaires version faits divers, un pot-pourri de nature humaine. Le jeune homme qui tue sa petite amie à coups de couteau et prévient sa famille qui – solidarité familiale oblige – se réunit au grand complet pour découper le corps de la victime en dizaine de morceaux : cellule familiale cimentée oblitère la réalité par morcellement.

On a parlé de Jacqueline Sauvage aussi, et des femmes battues en général. Ces femmes violentées pendant des années et qui tuent leur mari d’un coup de couteau ou d’une balle dans la tête un beau matin, parce qu’une minute de plus sous le même toit et l’air serait devenu irrespirable. Qu’est-ce-qui explique ce basculement? Pourquoi à cet instant précis sans danger imminent? Pourquoi à cet instant seulement?

J’ai l’impression que dans la manière dont on traite ce sujet, dont on parle des femmes battues, il y a une bonne dose de jugement et de bien-pensance. On évoque le sort de ces pauvres femmes qui ont subi toute leur vie et on salue celles qui ont été assez fortes pour partir. Et ce jugement là, il s’incarne dans la peine prononcée contre Jacqueline Sauvage : 10 ans de réclusion criminelle. Un verdict sans considération.

C’est comme si on ne leur pardonnait pas l’attente. On ne leur pardonne pas leur faiblesse d’être restées pendant si longtemps. Mais qui sommes-nous pour juger des logiques de domination et d’enfermement qui les ont peu à peu asservies? Et si elle était partie Jacqueline, en laissant ses enfants parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Si elle était partie et que son mari les avait tués ses enfants, aurait-on salué le courage de la femme battue qui a su dire stop?

La légitime défense y a que ça de vrai, mais où commence-t-elle et où s’arrête-t-elle?

Je ne crois pas que l’on puisse juger ces femmes si froidement. Alors je plaide pour la légitime décence du verdict.

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